Jeudi 22 décembre 2011
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Texte de Marianne Desroziers à partir du tableau chat col vert :
Quel est cet étrange chat ? Créature chimérique ? Tout droit sorti d’un rêve de Magritte, du bestiaire de Vialatte, d’un delirium tremens ?
Ce chat col vert au regard vaguement inquiétant ne déparerait pas parmi toutes les drôles de créatures rencontrées par Alice après sa traversée du miroir. Je sais bien qu’il y a déjà deux chats
dans Alice : Dinah, le chat de la petite fille à qui elle récite ses leçons et surtout son double au pays des Merveilles, le fameux chat du Cheschire qui a le don de devenir invisible, ne
laissant parfois apparaître que son sourire. Mais un troisième chat, pourquoi pas ?
La littérature est pleine de chats, certainement parce que le chat est le meilleur ami de l’écrivain…
Que dire du canard ?
Le canard col vert, à la fois majestueux et banal oiseau qui glisse sur les mares et les étangs de nos paisibles jardins publics dans lesquels se croisent des gens de tous âges et de toutes
conditions sociales. Le canard col vert auquel les enfants jettent du pain que vient lui piquer ce grand snob prétentieux : le cygne.
Impossible d’évoquer le canard sans avoir une tendre pensée pour le vilain petit canard. Ici le vilain petit canard est devenu non pas un cygne blanc mais un magnifique chat col vert, rare et
précieux.
Dans quel contexte a eu lieu la fabrication de cette nouvelle espèce, le chat col vert ? Est-ce un savant fou qui a voulu épater la femme de sa vie en lui offrant ses deux animaux préférés
en un seul ? Et si un canard et un chat étaient tombés amoureux l’un de l’autre ? Pourquoi pas ? On a connu des couples plus improbables. Seul le résultat compte. Si les amours
d’un oiseau et d’un félin donnent de si belles créatures, nul doute qu’il faut encourager ce genre de croisement.
J’aime ce chat col vert, bien dodu, en pleine forme, le poil brillant, étonnamment stable alors qu’il est assis sur un mur en pente. Ses yeux louchent sur une proie : une petite
souris ? un pigeon ? Mais peut-être ne cherche-t-il pas une proie à manger mais un autre animal avec lequel s’accoupler … On a hâte de connaître la descendance d’un chat col vert :
la génétique recelant encore nombre de mystères, qui sait de quel côté les petits du chat col vert vont balancer. Mais c’est peut-être un faux débat car beaucoup d’animaux hybrides ne peuvent pas
se reproduire : il se contente de s’accoupler pour le plaisir !
Ce tableau serait-il surréaliste ? Surréaliste : le mot est lâché, avec tout son cortège d’artistes (Magritte, Dali, etc.). Mais aussi tous les clichés qu’il charrie : tout ce qui
sort un peu de l’ordinaire est facilement qualifié de surréaliste aujourd’hui, sans référence au mouvement artistique bien précis qui porte ce nom. Plus que de surréalisme, même si je connais son
amour pour Dali, je préfère parler concernant ce tableau de
William Mathieu de loufoquerie, d’humour visuel, de douce excentricité.